Portrait de Manal, fondatrice de la marque de joaillerie éthique « Manal Paris »

Mon amour pour les pierres précieuses et semi-précieuses m’a conduit à nourrir deux passions : la lithothérapie et les bijoux de joaillerie. Cependant aujourd’hui, comme tous les achats que je fais dans ma vie, je cherche à ce qu’ils aient un impact réduit sur notre planète. Je passe beaucoup de temps à chercher des marques de bijoux éthiques avec de belles valeurs mais qui ne laissent pas pour autant de coté la beauté et la créativité. Si vous souhaitez savoir ce qu’est un bijou éthique n’hésitez pas à lire mon article sur le sujet ici.

Je recherche donc de beaux bijoux de très bonne qualité, qui durent toute la vie, que l’on peut porter tous les jours, fabriqués en France si possible mais surtout réalisés par des créateurs qui ont une vraie éthique dans le domaine. C’est au cours de mes nombreuses recherches que je suis tombée sur l’une de mes plus belles découvertes ! La marque de Joaillerie « Manal Paris ». Marque créée en 2018 par Manal Radouane. Tous les bijoux sont fabriqués à Paris, en or recyclé, avec des pierres de très grande qualité dont on connait la traçabilité, mais surtout les bijoux sont faits sur-mesure, avec un design magnifique, des couleurs modernes et une touche de féminité.

Lors de cet entretien j’ai découvert une femme extrêmement accessible, naturelle, honnête et passionnée par son travail. C’est surtout une femme avec des centaines d’idées de bijoux qui bouillonnent dans sa tête. Ces créations sont un mélange de style rétro et moderne. Si j’avais une bague de fiançailles à faire réaliser c’est à la porte de « Manal Paris » que je frapperais et j’en suis encore plus convaincue maintenant que j’ai découvert la femme qui se cache derrière.

Je vous laisse découvrir le portrait de cette super entrepreneuse et créatrice.

Interview de Manal

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

Je suis Manal, 32 ans. Le choix de travailler dans le monde de la Joaillerie est en fait une reconversion. A la base j’ai une formation d’ingénieur en mécanique. J’ai travaillé dans l’industrie et plus particulièrement dans le nucléaire pendant 5 ans en tant que chargé d’affaires. C’était un milieu très intéressant mais je ne me sentais pas épanouie, car c’est un milieu qui ne fait pas du tout appel à la créativité.

Pourquoi avoir choisi le monde de la joaillerie ?

Je suis passionnée par la joaillerie depuis que je suis toute petite. C’est à l’âge de 5 ans que j’ai mon premier souvenir de bijoux. Je suis d’origine Marocaine et au Maroc nous avons une tradition, lors des mariages, si nous avons des bijoux de famille la mariée les porte ce jour-là. Lors du mariage de ma cousine, elle portait un diadème dont je me souviens aujourd’hui encore des moindres détails. Ma grand-mère m’a également énormément influencé, elle m’a transmis sa passion des bijoux. Elle était fan d’art déco, d’émeraudes et une grande collectionneuse. C’est à travers elle que j’ai découvert mes premiers bijoux. Elle portait ses bijoux tous les jours avec amour, et elle a su les transmettre car aujourd’hui ce sont les bijoux de ma mère. Ensuite à l’âge de 12 j’ai commencé à dessiner mes premiers bijoux. Puis, plus tard, vers 16 ans je donnais des cours de mathématiques ce qui me permettait de faire réaliser mes bijoux. J’allais tout simplement voir le joaillier de famille, j’achetais mon or avec l’argent gagné grâce aux cours et je faisais faire mon bijou. Malheureusement pour mes parents, à cette époque, ce choix de métier n’était pas une option. Dans la famille nous sommes ingénieurs, architectes ou médecins. Je me suis donc naturellement tournée vers des études d’ingénieur. Mais au bout de 5 ans chez Areva je me suis rendu compte que cette passion de la joaillerie m’animait toujours.

Comment t’es venu l’idée de créer la marque « Manal Paris » ?

En parlant avec mes amies qui allaient se marier, je me suis rendu compte que j’avais une réelle expertise dans le domaine de la joaillerie et qu’il y avait un vrai manque de créateurs qui puissent accompagner les couples dans leurs idées de bijoux de mariage. Je voyais qu’ils étaient complètement perdus face à l’offre qui ne leur correspondait pas. C’est un marché qui n’a pas beaucoup évolué et je me suis dit qu’il y avait une vraie opportunité. J’ai commencé dans un premier temps à réaliser des bagues pour des amies, puis pour les amies de mes amies et au bout d’un an et demi j’ai décidé de lancer ma marque de joaillerie.

As-tu suivi des formations particulières pour te lancer dans le domaine de la joaillerie ?

Mes études d’ingénieur me servent énormément au quotidien car finalement mon quotidien ressemble à celui que j’avais dans l’industrie en termes de process et d’organisation mais en beaucoup plus artisanal, nous traitons de toutes petites séries voire parfois des bijoux uniques. Mes connaissances techniques m’aident à maîtriser les procédés de fabrication. En ce qui concerne les dessins, je dessine des bijoux sur mon carnet et ensuite je le transmets à mon joaillier et mon maquettiste avec mon cahier des charges.

Lorsque j’ai décidé de lancer ma marque, j’ai poursuivi une formation de Gemmologie à la Haute École de Joaillerie (HEJ) afin d’approfondir mes connaissances en pierres précieuses. C’est d’ailleurs au Laboratoire Français de Gemmologie de l’HEJ que sont certifiées la plupart de nos pierres précieuses.

Quelles sont tes sources d’inspirations ?

Bien-sur les bijoux de mon enfance que j’ai pu voir chez ma grand-mère et ma mère, mais surtout ma source principale d’inspiration est l’art déco, que ce soit en joaillerie mais également en architecture (l’architecture Marocaine art déco). Il y a aussi mes voyages qui m’inspirent comme par exemple l’Amérique Latine avec toutes ses couleurs qui mettent de bonne humeur.

Si je devais citer deux sources d’inspirations je dirais « Frida Kahlo » et mon livre « Bijoux Art-Déco et Avant Garde » des éditions Norma.

Comment décrirais-tu le style de « Manal Paris » ?

Je décrirais le style de « Manal Paris » comme de la « joaillerie fraîchement rétro ». J’ai vraiment envie que mes créations soient légères, faciles à porter tous les jours sans se sentir déguisé.

Quels sont les services que tu proposes ?

A travers « Manal Paris » nous proposons un service de réalisation de bijoux sur-mesure. Nos clients viennent nous voir au showroom parce qu’ils recherchent une alliance, une bague de fiançailles, de naissance ou d’anniversaire. Nous les accompagnons à chaque étape de la création pour dessiner un bijou unique et qui leur correspond.

Nous avons également une collection, car il me semble important de faire découvrir l’identité, la « patte » de la marque « Manal Paris ». D’ailleurs, nous pouvons tout à fait adapter des modèles de notre collection aux goûts et souhaits des clients.

Pourquoi choisir de faire des bijoux éthiques ?

Je suis personnellement très engagée, je fais très attention à ma manière de consommer, ce choix a donc été très naturel. C’est un créneau dans lequel beaucoup de marques se lancent aujourd’hui car c’est à la mode mais en ce qui me concerne cela n’était pas spécialement réfléchi. C’est surement mon coté ingénieur, j’aime beaucoup optimiser ma façon de consommer. Chez moi j’essaie de ne pas jeter ou de faire de gaspillage.

Je voulais donc que ma marque soit une marque censée qui a des valeurs et qui s’engage. j’ai fait ce choix depuis le début. Je considère que lorsque l’on fait quelque chose, cela doit être bien fait !

Quelles garanties éthiques assures-tu à tes clients ?

En ce qui concerne l’or, la quantité d’or déjà extraite est suffisante pour répondre aux besoins de la joaillerie pour les 50 prochaines années donc l’or recyclé s’est juste imposé à moi.

Pour les pierres, je suis extrêmement sensible aux problématiques écologiques, au travail des enfants et je voulais absolument que cela soit transparent. J’ai choisi des fournisseurs de confiance, ce sont des négociants depuis 4 à 5 générations. Ce sont eux-même qui vont acheter le brut et le faire tailler. Ils savent exactement de quelle mine proviennent les pierres. C’est donc sur cette confiance que je me base pour le choix de mes pierres de couleur. Il faut savoir que le travail d’extraction des pierres est extrêmement normalisé. Dans les mines, il y a des gens qui surveillent chaque étape de l’extraction et il y a également des inspecteurs qui passent contrôler. Les reportages que nous pouvons voir à la télévision sur la pollution des mines concernent les mines clandestines qui sont souvent installées aux alentours de ces mines contrôlées.

Pour les diamants, ils sont labellisés et certifiés grâce au processus de Kimberley qui garantit l’origine et la façon dont ils ont été extraits des mines.

Que penses-tu des diamants synthétiques ?

Je préfère travailler avec des pierres naturelles car moins polluantes. La première raison est que pour produire un diamant synthétique il faut reproduire la structure des diamants naturels. C’est à dire en utilisant une pression et une température très élevées. Pour une personne comme moi qui a travaillé comme ingénieur dans le nucléaire, je sais ce que cela signifie et donc l’énergie colossale que cela demande. Et extraire un diamant de la terre demande beaucoup moins d’énergie !

La deuxième raison concerne leur valeur sur le marché qui ne cesse d’évoluer et de baisser. Avant, l’utilisation des diamants synthétiques était réservée à l’industrie car très onéreuse. De plus les pierres fabriquées n’étaient pas d’une qualité suffisante pour être utilisées en joaillerie. Aujourd’hui les techniques ont tellement évolué, et non seulement il est possible de fabriquer de beaux diamants synthétiques mais en plus à un prix compétitif (entre 30% et 50% moins chères que le diamant naturel). Je ne suis pas devin et je ne sais pas quelle valeur aura le diamant synthétique dans le futur, mais ce qui est certain c’est que le diamant naturel reste une valeur sûre. Et pour moi rien ne vaut la beauté d’une pierre que la terre a mis des millions d’années à fabriquer. »

Qu’est ce qui a été le plus dur dans le processus de création de ta marque ?

Le plus dur à été de trouver ceux qui allaient m’accompagner dans la réalisation de mes bijoux. Il a fallu trouver mes fournisseurs, maquettiste, sertisseur… il y a beaucoup de corps de métier pour réaliser un bijou. La joaillerie est un monde très sensible car on manipule des métaux et des pierres précieuses, on ne laisse pas rentrer n’importe qui. En tant que femme j’ai du également combattre certains « réflexes ». La joaillerie est un monde d’hommes et il a ce préjugé qui est qu’on peut faire plus facilement confiance aux hommes. Il a fallu construire une relation de confiance pour pouvoir travailler avec les artisans et les joailliers. C’est avec beaucoup de patience et d’humilité que j’ai réussi à le faire, car j’étais également en train d’apprendre un nouveau métier à leur contact. Je dis souvent qu’il faut être exigeante et humble et cela n’est pas antinomique.

J’ai du également combattre mes propres freins. Les femmes, nous avons tendance a être perfectionniste et à vouloir que tout soit parfait avant de se lancer ou de lancer une idée. Alors qu’il faut se faire confiance, y aller et corriger ce qu’il y à corriger au fur et à mesure. Nous sommes nos propres limites.

Quel est ton plus gros challenge au quotidien ?

C’est de faire de ma marque un business rentable, car je suis animée par ma passion et je peux parfois avoir tendance à l’oublier. Nous souhaitons vraiment faire des bijoux de qualité mais accessibles, nos marges sont donc réduites. Il est important d’être rentable pour payer les charges, les salaires mais surtout pour perdurer dans le temps. Ce point à d’autant plus d’importance cette année car à cause du Covid-19 nous avons dû fermer notre showroom pendant 2 mois.

Depuis que je suis petite j’ai accumulé dans ma tête une bibliothèque d’images de bijoux que j’aimerai créer. Si je m’écoutais je réaliserai tout de suite ces centaines de bagues et bijoux mais cela ne serait pas censé et surtout les créations sur-mesure des clients passent en priorité.

Quelle pierre aimes-tu particulièrement travailler ?

J’aime beaucoup travailler la tourmaline car c’est une des rares pierres qui comporte un large spectre de couleurs et qui présente des tons pastels. Ce sont des couleurs qui peuvent être portées tous les jours, il n’y a pas besoin d’événements ou d’occasions particulières. J’aime les pierres très connues comme l’émeraude, le rubis et le saphir mais je préfère utiliser leurs versions pastels comme les saphirs de couleurs, l’émeraude du Brésil ou encore le fameux saphir Padparadscha pour leurs couleurs plus fraîches et plus actuelles.

Deux ans après le lancement de Manal Paris, de quoi es-tu le plus fière ?

Je suis fière de pouvoir proposer la bague qui correspond parfaitement aux attentes de la cliente. J’aime prendre le temps de cerner la personne et ses envies, de trouver le style et la pierre qui vont plaire. C’est une réelle satisfaction de réaliser un très bel objet durable et intemporel. J’aime l’idée que la personne va garder son bijoux, ne pas s’en lasser et pourquoi pas le transmettre ensuite.

Mais je suis surtout fière de vivre de ma passion. Même s’il y a eu des moments très durs et qu’il y en a encore parfois, je referai ce choix à chaque fois ! La vie entrepreneuriale n’est pas simple, il y a beaucoup de sacrifices mais elle est tellement passionnante.

Quel est le projet que tu aimerais réaliser dans les prochaines années ?

Je rêve de faire de la haute joaillerie. C’est un tout autre marché, et un challenge très différent car ce sont des bijoux d’exception, encore plus travaillés, avec plus de contraintes techniques. Mon rêve serait de les rendre « portables » et non uniquement lors d’événements particuliers.

Un peu plus de Manal Paris…

N’hésitez pas à découvrir la marque Manal Paris sur son site officiel, mais également à prendre rendez-vous (sur le site web ou bien sur le compte Instagram de la marque) pour visiter le showroom, qui se situe à Montmartre et rencontrer sa créatrice.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :